Adieu, M. Goethals...

- 6/12/2004

Raymond Goethals s’en est allé en décembre, à l’âge de 83 ans, clôturant ainsi une terrible série pour l’OM qui, en 2004, aura perdu quatre de ses plus grands entraîneurs : Raymond Goethals mais aussi Mario Zatelli, Lucien Leduc et Jean Robin. Le technicien belge n’avait évidemment aucun lien direct avec notre club. Mais ce très grand coach méritait bien un dernier hommage, qui lui est rendu ici à travers un texte que j’avais écrit voici quelques années dans le livre Cent ans d’OM... A.P.

Mais pourquoi donc a-t-il attendu d’avoir septante ans pour venir entraîner l’O.M. ?
Ce club et lui étaient faits pour aller de pair, comme le père et le fils, comme les frites et la bière, le plat pays et le vélo, les moules et le vin blanc, comme les semailles et les moissons.
Question d’humeur, d’humour, d’amour (toujours), de calembours et de bonheur-du-jour...
Question de passion et d’exagération, de mauvaise foi consciente et de fantaisie affichée, de gouaille et de second degré...
« Y a-t-il toujours autant de monde aux entraînements ? » nous demanda-t-il avec de la malice dans le regard avant de diriger sa toute première séance de travail sur le stade Delort en janvier 91.
« Seulement quand l’entraîneur est viré ; c’est-à-dire assez souvent ! » lui fut-il répondu du tac au tac. C’était parti pour vingt six mois de complicité où les clins d’œil, parfois, remplaceraient les phrases, encore que le bonhomme aimât fort à parler.
« Que veux tu que je te raconte ? Je t’ai déjà tout dit ! » annonçait-il au journaliste qui venait après l’entraînement chercher sa prébende quotidienne. «  Et d’abord arrête ton bazar ! » (il dénommait ainsi les magnétophones). Une heure après, il bavardait encore, refaisant tel match et le monde du football avec, déplaçant des objets pour mieux expliciter un argument tactique, ramenant immanquablement pour finir son interlocuteur à San Siro, où son O.M. était né à la gloire face à Basten (Van Basten), Costachose (Costacurta) et Gullik (Gullit)...
Car Goethals (prononcez Gout-hals) torturait couramment les patronymes... Boksic ainsi, fut toujours appelé Boszik. Et Raphaël Martin-Vasquez (qui, il est vrai portait un prénom de peintre) rebaptisé Velasquez... Alors que le nom de Dobrovolski constituant à lui seul sans doute une aventure à ses yeux, le Moldave ne fut jamais désigné autrement que par un affectueux « notre ami ». Pur euphémisme au demeurant car Raymond-la-science n’avait pas de dilection avouée pour les footballeurs slaves, qu’il jugeait trop souvent tortueux et tire-au-flanc.
Né sur un nuage et vivant sur la planète foot, perpétuel distrait (et donc automobiliste redoutable), il devait connaître bien des mésaventures cocasses, y compris sur les terrains où on le vit un jour avaler son mégot de Belga.
Mais également aller se rasseoir sur le banc soviétique lors d’un Belgique - URSS. Tomber sur son séant après avoir oublié que son siège était un strapontin. Ou bien encore plonger désespérément, derrière la cage, dans le même mouvement que son gardien battu...
A la façon du « Ketje » (gamin) de Bruxelles qu’il avait été, tout droit issu d’une aventure de Spirou ou de la Ribambelle, et que l’on imagine si bien, le regard clair et la mèche en bataille, garder des buts faits de cartables avec de gros godillots, des chaussettes pleines de pluie et ce pull vert, son premier maillot de gardien, tricoté avec amour par sa mère.
Keeper du Daring et du Racing de Bruxelles, entraîneur de Waremme, de Saint-Trond, d’Anderlecht, du Sao Paulo FC, du Standard de Liège, de Guimaraes, du Racing Jet de Bruxelles, des Girondins de Bordeaux et de l’équipe de Belgique durant huit ans, « Le Belge » comme l’appelait Bernard Tapie en lui donnant des bourrades, à gagné un nombre considérable de titres au cours d’une carrière exceptionnellement longue.
Mais la question de savoir où il à enlevé sa plus belle victoire ne se pose même pas à l’endroit de l’homme qui était sur le banc de l’O.M. le 26 mai 1993 à Munich...

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