Les stades français : bilan...

- 26/04/2010

Entre les années 80 et les années 2000, la vision du stade a changé. D’un équipement uniquement là pour accueillir, de manière hebdomadaire, public et sportifs, la conception du stade est devenue celle d’une globalité s’intégrant dans un projet urbain.

La question des Grands Stades cristallise donc un enjeu en termes de compétition sportive mais également un enjeu économique lié à celle-ci. La capacité d’un pays à organiser de grandes compétitions illustre sa compétitivité sportive et son aptitude à trouver de nouvelles sources de financement pour le développement de ses clubs. Le Modèle économique du sport professionnel est le fruit de synergie entre les différentes sources de revenus dégagées par le spectacle sportif (ticketing, merchandising, droits médias...).

La France n’a pas su prendre le virage en matière de conception répondant aux nouveaux besoins du sport professionnel. L’analyse approfondie menée par la Commission Grands Stades corrobore ce constat. Cette analyse portait sur trois critères principaux : la multifonctionnalité, la capacité et la qualité d’accueil.

En France, force est de constater la faible multifonctionnalité des stades. Certes le Stade de France, le Parc des Princes, la Beaujoire ou encore le Vélodrome accueillent des événements extra-sportifs, mais ils n’ont pas été pensés en ce sens, ce qui limite considérablement leur « commercialisation internationale ». Ce n’est cependant pas un obstacle à une pleine exploitation économique à l’image de l’Emirates Stadium, quasi exclusivement dédié aux matches d’Arsenal. A l’inverse en Suisse et en Allemagne, il existe des infrastructures complètement polyvalentes : les Arénas.

L’Allemagne est le pays qui offre la plus grande capacité moyenne d’accueil d’Europe avec 45.000 places, loin devant la France, dernière avec 29.000 places. L’Allemagne tire bénéfice de la rénovation de ses stades pour le Mondial 2006, avec deux fois plus de spectateurs moyens par match que la France, 39.400 personnes soit un taux de remplissage de 91.3%.

Sur ce point, la France n’est pas mauvaise, son taux de remplissage est de 75.4%, avec 22.000 spectateurs en moyenne, taux qui est supérieur à celui de l’Espagne (75.2%) et de l’Italie (58.5%).

Ce constat tend donc à relativiser l’analyse de l’Etat de la France dans ce domaine, offrant même des raisons d’être optimiste. C’est en effet le reflet de potentialités de développement du football français.

Cependant, la qualité de l’accueil met en relief le décalage entre les besoins nouveaux et les dispositions actuelles. L’élément révélateur est le ticketing et la rentabilité des espaces VIP. En Europe, 8 à 12% des surfaces d’accueil des stades sont réservées aux prestations VIP, contre 4% en France (1.178 sièges au Stade de France). D’autre part, effet de causalité ou simple corrélation, la recette moyenne par spectateur est de 16 € en France contre 33€ en Espagne. L’Angleterre fait figure de géant avec une recette par spectateur de 51€, modèle qui semble difficilement duplicable en France. Le cas anglais qui affiche des ambitions bien supérieures à celles de la France comme l’illustre Manchester United qui vise la réalisation de 43% de son Chiffre d’Affaire avec 9% des places les plus chères.

Cas extrême qui met en évidence le gouffre qui sépare la France des autres nations du football. La France qui selon l’Analyse de l’UEFA n’a qu’un seul stade 5 étoiles, contre quatre pour l’Allemagne et l’Espagne, trois pour le Portugal et deux pour les Pays Bas.

Les écarts constatés sont le plus souvent le simple reflet de l’époque à laquelle les stades ont été pensés et réalisés. Les stades d’Europe du Sud ont été rénovés pour les compétitions de 82, 90 et 98, à l’inverse des enceintes d’Allemagne, de Suisse et du Portugal qui ont été créé ex nihilo à l’occasion des dernières éditions (2004 ; 2006 ; 2008).

Nous pourrions légitimement nous demander si le retard français ne serait pas simplement une illusion statistique, une déformation issue d’une comparaison excessive avec l’étranger. Mais la fragilité de notre position en matière de conception de stade, la faiblesse de nos équipements et leur inadaptation posent surtout un problème de crédibilité. La conclusion de tout ceci étant la remise en cause de la possibilité pour la France d’accueillir de grande compétitions internationales, et sa capacité à valoriser d’un point de vue économique son championnat élite.

Mary

FF Issy les Moulineaux - http://www.ffissy.net